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Procès des balcons effondrés à Angers : Le constructeur avoue avoir eu « honte » du travail de ses équipes

DRAME : Le patron de l’entreprise de construction, a reconnu ce mardi « une faute grave » devant le tribunal correctionnel d’Angers

Le balcon qui s’était effondré lors d’une pendaison de crémaillère, le 15 octobre 2016, avait tué quatre étudiants et en avait blessé quatorze. « J’ai eu honte du travail de mes équipes », a reconnu mardi à la barre le patron de l’entreprise de construction, en reconnaissant « une faute grave ». « Notre faute est vraiment inexcusable. J’ai pleuré quand j’ai vu comment notre entreprise avait travaillé », lâche, le souffle court, Patrick Bonnel, 72 ans, devant le tribunal correctionnel d’Angers.

Comme lui, cinq prévenus sont jugés pour homicides et blessures involontaires. « Reprenez votre souffle », lui conseille la présidente entre deux questions. « Je ne suis pas essoufflé, je suis angoissé, c’est pas pareil », répond le chef d’entreprise, cheveux blancs et masque noir. Un masque qu’il remonte souvent sur ses yeux lorsque ses coprévenus sont interrogés.

« On a eu un dysfonctionnement »

A l’époque des faits, l’entreprise familiale Bonnel et Cie travaillait sur une trentaine de chantiers. Sur celui de l’immeuble « Le Surcouf », construit en 1997-1998, « on a eu un dysfonctionnement », reconnaît-il. « L’entreprise a fait une faute grave, cette faute j’aurais dû absolument la voir », a insisté Patrick Bonnel qui assure que « ce n’était pas du tout la manière dont on travaillait ».

Entendus la semaine dernière, les experts avaient listé toute une série de malfaçons dans la construction des balcons, évoquant même « une forme de bricolage ». Ils avaient insisté sur les aciers du béton armé « très mal positionnés » car « beaucoup trop bas » et sur la reprise de bétonnage entre le bâtiment et le balcon qui avait été mal réalisée. Au fil des ans, une fissure s’est ouverte, laissant l’eau s’infiltrer et les aciers se dégrader. Pour couronner le tout, les travaux avaient été menés sans respecter les plans de l’ingénieur béton, conçus pour des balcons préfabriqués et non pour des balcons coulés sur place.

Des délais « pas tenables »

Mardi matin, le conducteur des travaux Éric Morand, 53 ans, a expliqué que le mode de construction des balcons avait été modifié pour tenir les délais du chantier. « Sur ce chantier-là, la durée était de douze mois, ce qui ne me semblait pas tenable à mettre en œuvre », a-t-il expliqué à la barre. Or, le client est « un promoteur important », « un gros donneur d’ordre » pour l’entreprise, « qu’il ne faut pas fâcher ». « J’ai pas le souvenir d’un chantier extrêmement compliqué, a-t-il dit. La seule tension, elle est en termes de délai. J’estimais et j’estime toujours que les balcons étaient un point qui bloquait l’avancement [des travaux]. »

Pour gagner du temps, il propose donc de couler les balcons sur place, sans pour autant faire modifier les plans par l’ingénieur béton. « Les plans étaient très précis » et « parfaitement bien dessinés et pouvaient être adaptés au nouveau mode de construction, assure-t-il. C’est une adaptation à faire et il faut la faire de manière précise et sérieuse ». Le chef de chantier, un autodidacte qui a arrêté l’école en 6e, a pourtant affirmé lundi qu’il ne connaissait pas ce genre de construction, n’ayant travaillé que sur des balcons préfabriqués.

« C’est une technique qui n’a rien d’exceptionnel. C’est un coulage de plancher ! », s’exclame Eric Morand. Poussé dans ses retranchements, il finit par reconnaître qu’il aurait dû « demander un plan modifié » et vérifier les ferraillages. « Il n’y a pas un jour où je ne pense pas aux quatre personnes décédées, lâche-t-il. Et c’est pas parce ce que le jugement sera rendu que ça changera. » Le procès doit se terminer le 4 mars.

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