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Bordeaux : « C’est pas normal de vivre comme ça, pour personne », témoigne une mère de famille qui vit dans 7m2 avec trois enfants

MARCHAND DE SOMMEIL L’association Droit au logement (DAL) 33 a alerté, ce jeudi, sur la situation d’une famille avec trois enfants qui vit dans des conditions insalubres, dans le quartier Saint-Michel à Bordeaux

  • Céline Avcu, 45 ans, vit avec son mari et ses trois enfants depuis décembre 2021 dans un minuscule appartement insalubre de 7 m2, rue le Reynard dans le quartier Saint Michel, à Bordeaux.
  • La famille a des problèmes respiratoires depuis son emménagement dans les lieux et le quotidien dans l’appartement suroccupé est très difficile.
  • Une procédure administrative contradictoire est en cours et pourrait conduire à un arrêté d’interdiction de location, au vu de la taille du logement, inférieure au minimum légal.

C’est peu dire que le tour de ce qui tient plus du cagibi que du logement est vite fait… Céline Avcu, 45 ans, vit avec son mari et ses trois enfants depuis décembre 2021 dans un minuscule appartement rue le Reynard dans le quartier Saint-Michel, à Bordeaux, qu’elle entretient du mieux qu’elle peut. Le logement est très exigu, il comprend la pièce principale (7 m2), une kitchenette, une salle d’eau et une petite pièce aveugle dans un soubassement humide, qui sert aux trois enfants de chambre à coucher (et ne compte pas comme surface habitable). Le tout pour la somme exorbitante de 450 euros. « Nos familles n’ont pas voulu nous accueillir, on est tous seuls, témoigne Céline Avcu. Si j’avais une solution on ne serait pas là. »

Un combat contre la moisissure

La quadragénaire brique l’appartement mal ventilé à la javel, du sol au plafond, pour ne pas laisser s’installer les moisissures, qui reviennent invariablement au bout de deux à trois jours. C’est un combat quotidien car les vêtements, valises, couvertures, draps, coussins pourrissent à grande vitesse et elle se ruine en frais de lavomatique pour garder ses affaires propres. « Regardez, j’en ai laissé un peu (de moisissures) pour vous montrer autour de la fenêtre et là c’est gentillet, je suis obligée de l’enlever car mes enfants pourraient toucher », montre-t-elle, précisant qu’à son arrivée le logement était très sale. Depuis qu’ils dorment dans cette cave derrière la porte de laquelle se trouve une flaque d’eau usée, ses enfants ont des troubles respiratoires. « Ils sont sous ventoline, raconte la maman, inquiète. Souvent la nuit ils vomissent, j’ai toujours la bassine à portée de main. »

Cet appartement devait être une solution temporaire pour le couple franco turc qui arrivait d’Istanbul. Le père de famille, arrivé en octobre 2021, avait décroché un CDI dans le bâtiment et le bail pour le logement lui a été proposé en même temps, par la femme de son employeur. Sa femme devait le rejoindre deux mois plus tard et la propriétaire avait promis un transfert vers un deux-pièces à ce moment-là. Mais voilà, avant que sa famille ne le rejoigne, le père a perdu son travail du jour au lendemain et la famille de cinq personnes se retrouve coincée dans ce logement exigu et insalubre.

Sortir au plus vite la famille de ce taudis

« Les services d’hygiène de la mairie de Bordeaux sont venus et ont établi un rapport qui met en évidence tout un tas d’irrégularités, en tant que logement insalubre et d’une surface habitable réelle inférieure à 9 m2 (surface minimum pour la pièce principale) », explique Daniel Roy, représentant de l’association Droit au Logement (DAL) 33, dont la famille s’est rapprochée. Le rapport a été transmis à la propriétaire et la procédure légale impose qu’on lui laisse un délai pour se mettre en conformité. « Au terme de cette période contradictoire jusqu’au 6 mai, l’appartement pourra être frappé d’un arrêté d’impropre à l’habitation (émis par la préfecture), notamment du fait de sa taille, explique Stéphane Pfeiffer, adjoint au logement à la mairie de Bordeaux. » Si cet arrêté est pris, elle ne pourra plus mettre en location son appartement et aura, sur le papier, la responsabilité de reloger les occupants.

Pour sortir sa famille de ce taudis, Céline Avcu a multiplié les démarches. Elle a déposé un dossier de droit au logement opposable sur les conseils des services sociaux du département « mais cela prend des mois et il n’y a pas forcément de logement disponible », commente Daniel Roy. Des coupures d’éléctricité régulières et des menaces d’inondation de la cave-chambre finissent de pourrir le quotidien de la famille, endettée. « La propriétaire veut nous faire partir, estime Céline Avcu, elle sait que ce qu’elle fait est illégal et elle a vu qu’on n’allait pas se laisser faire. C’est pas normal de vivre comme ça, pour personne. »

Elle a déposé des demandes de logement social dans 12 communes de l’agglomération et son avocat maître Bruno Bouyer a lancé une action en référé pour laquelle une date d’audience est espérée très prochainement. « Je demande que le juge ordonne la suspension de l’obligation du paiement des loyers, dans la mesure où le logement n’est pas d’un état décent et qu’il est à peine habitable pour toute la famille, explique le conseil. Dans la foulée, je vais engager une action contre la propriétaire pour l’indemnisation du préjudice subi. » En lien avec les services du département, la mairie va œuvrer pour un relogement de qualité de cette famille dans le parc social, à la fin de la procédure.

La directrice de l’école du quartier dans laquelle est scolarisée la petite fille du couple, âgée de huit ans, était sur place ce jeudi pour soutenir la famille. « Je pense qu’au moins 10 % des enfants scolarisés dans l’école connaissent des problèmes de mal-logement, témoigne-t-elle. Beaucoup de familles vivent à plusieurs dans une même pièce et certaines dorment dans leurs voitures. »

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